Par âge, moment et apprentissages

Des conseils classés
par thème

En vingt-cinq ans de pratique orthophonique, j'ai constaté que les progrès les plus durables se jouent souvent à la maison, dans les gestes ordinaires du quotidien. J'ai rassemblé ici des idées simples, issues de ce que je conseille chaque semaine aux familles que je reçois, classées par âge, par moment de la journée ou par apprentissage. Aucun matériel particulier n'est nécessaire : la voix, le regard et un peu de disponibilité suffisent. Ces conseils ne remplacent évidemment pas un bilan ni un suivi lorsque c'est nécessaire, mais ils nourrissent le terrain sur lequel le langage pousse. J'enrichirai cette page au fil du temps, avec de nouveaux thèmes.

0 à 3 mois

Les premiers échanges

On me demande souvent à partir de quel âge il faut parler à un bébé. Ma réponse est toujours la même : dès la naissance, et même sans attendre qu'il comprenne. Un nouveau-né reconnaît déjà la voix de ses parents, il y réagit par le regard, les mouvements, l'apaisement. Ces tout premiers échanges, aussi modestes qu'ils paraissent, posent les fondations de la communication.

Nouveau-né : premiers échanges de langage, conseils d'orthophoniste à Boersch
01
Parler à voix haute au quotidien

Pendant le change, le repas ou l'habillage, je conseille de décrire simplement ce que l'on fait : « Je te mets ta chaussette, voilà, l'autre pied maintenant. » Le contenu importe peu, c'est le bain de langage qui compte. L'oreille du bébé s'imprègne ainsi de la mélodie, des intonations et des sons du français, bien avant les premiers mots.

02
Répondre aux vocalises de bébé

Quand bébé émet un son, un « areu », un gazouillis, je recommande de l'imiter, puis de marquer une vraie pause et d'attendre. Très souvent, il répond à son tour : c'est le tout premier dialogue. Ce jeu d'alternance apprend le tour de parole, ce principe fondamental du « chacun son tour » sur lequel reposera toute conversation future.

03
Comptines et berceuses

Chanter à son bébé, même faux, même si c'est toujours la même berceuse, a une vraie valeur : le chant ralentit le débit, accentue les syllabes et rend la langue plus facile à découper pour l'oreille. En consultation, je vois régulièrement des bébés s'apaiser et se tourner vers la voix chantée : c'est le signe que leur attention auditive travaille.

3 à 6 mois

Regarder, imiter, découvrir

Entre trois et six mois, le bébé devient un observateur remarquable : il scrute les visages, suit les objets des yeux, commence à saisir et à porter à la bouche. C'est aussi l'âge où l'imitation s'installe, et l'imitation est l'un des grands moteurs du langage. Dans ma pratique, j'invite les parents à profiter de cette curiosité nouvelle par des jeux très simples, en face à face.

Bébé et jeu d'imitation pour le langage, conseils d'orthophonie à Boersch
01
Jeux de regard et d'imitation

Installez-vous face à bébé, à trente ou quarante centimètres de son visage, et proposez-lui des mimiques : sourire exagéré, langue tirée, bouche qui s'ouvre grand. Laissez-lui le temps, sa réponse peut mettre plusieurs secondes à venir. Imiter un visage avant d'imiter des sons, c'est l'ordre naturel des choses.

02
Objets et jouets sonores

Hochets, papier qui froisse, petite cloche : faites du bruit d'un côté, puis de l'autre, et observez bébé tourner la tête pour chercher la source. Cette localisation du son est une compétence auditive précieuse, que je vérifie d'ailleurs systématiquement lors de mes bilans de jeunes enfants.

03
Premiers livres cartonnés

Dès cet âge, un livre cartonné aux images contrastées retient le regard du bébé. Installez-le contre vous, montrez une image, nommez-la avec une voix vivante : « Oh, le chat ! » Il ne comprend pas encore les mots, mais il associe le livre à un moment de plaisir partagé.

Un moment du quotidien

Le bain, un temps d'échange

Je parle souvent du bain aux familles, car c'est un moment que presque toutes retrouvent chaque jour : un cadre fixe, un enfant disponible, aucun écran à proximité. L'eau éveille tous les sens, et cette stimulation sensorielle rend l'enfant particulièrement réceptif aux mots. Quelques minutes d'échange dans le bain valent souvent mieux qu'une longue séance de « travail » du langage.

Temps du bain et langage de l'enfant, conseils d'orthophoniste à Boersch
01
Nommer les parties du corps

« On lave les pieds, les mains, le ventre, et maintenant les oreilles ! » En associant le geste au mot, au moment précis où l'enfant sent l'eau et le gant sur sa peau, on ancre le vocabulaire du corps dans une sensation réelle. Avec les plus grands, on peut inverser le jeu : « Montre-moi ton coude », et laisser l'enfant chercher.

02
Jeux d'eau et de sons

Verser avec un gobelet, faire flotter ou couler, souffler sur la mousse : chaque action mérite d'être commentée. « Ça éclabousse ! Tu entends les gouttes ? L'eau est chaude. » Ces verbes d'action sont justement ceux qui manquent souvent aux enfants que je reçois pour un retard de langage.

03
Un rituel calme, sans écran

Le bain gagne à rester un moment lent, sans téléphone à portée de main. Posez une question simple, puis comptez mentalement jusqu'à cinq avant de reformuler : ce temps de silence est exactement celui dont un jeune enfant a besoin pour construire sa réponse. J'observe souvent qu'un enfant à qui l'on laisse ce délai parle davantage, et plus volontiers.

2 à 4 ans

Jouer pour mieux parler

Entre deux et quatre ans, le langage connaît une accélération spectaculaire : le vocabulaire s'étoffe de jour en jour, les premières phrases apparaissent, puis se complexifient. À cet âge, c'est par le jeu que l'enfant apprend le mieux, jamais par des exercices formels. Mon rôle de parent qui joue, dis-je souvent aux familles, est plus utile que celui de parent qui corrige.

Jeu de rôle pour mieux parler, 2-4 ans, orthophonie à Boersch
01
Imagiers et vraies questions

Regarder un imagier ensemble, ce n'est pas seulement demander « Qu'est-ce que c'est ? ». Je conseille de varier : « À quoi ça sert ? Où est-ce qu'on le range ? Tu en as un, toi ? » Et quand l'enfant se trompe, plutôt que de corriger, reformulez simplement la bonne forme : il entend le modèle juste sans être mis en échec.

02
Jeux de rôle et de faire semblant

Dînette, marionnettes, garage, poupées : le jeu symbolique est un formidable moteur de langage spontané. Quand l'enfant fait parler une marionnette ou sert un café imaginaire, il construit des phrases sans s'en rendre compte, porté par le scénario. Je m'appuie beaucoup sur ces jeux en séance, précisément parce qu'ils délient la parole.

03
Pâte à modeler et motricité fine

Pétrir, rouler des boudins, découper avec un petit couteau en plastique : ces gestes affinent la coordination des doigts, celle qui servira plus tard au graphisme et à l'écriture. Et le langage y trouve aussi son compte : « Tu écrases, tu roules, c'est mou, c'est collant. » Un quart d'heure de pâte à modeler commentée, c'est du vocabulaire, de la motricité et un moment partagé.

Âge scolaire

Rendre les tables
plus vivantes

Les tables se figent souvent à force de répétition sèche. Je vois régulièrement des enfants qui les récitent sur le papier, et les perdent dès que le cadre change. Le jeu, un dé, une chanson, des objets du quotidien : c'est souvent par là que ça s'ancre. Voici quelques pistes, à adapter à l'âge et à ce qui fait plaisir à l'enfant.

Tables de multiplication concrètes, conseils d'orthophoniste à Boersch
Questions fréquentes

Tout savoir sur l'orthophonie

Retrouvez les réponses aux questions les plus souvent posées au cabinet.

Il n'y a pas d'âge minimum pour consulter. Un orthophoniste peut prendre en charge des nourrissons dès les premiers mois de vie (troubles de la succion-déglutition, bilan précoce) comme des adultes à n'importe quel stade de la vie. Pour les enfants, les premiers signes à surveiller apparaissent dès 18 mois (absence de premiers mots), 2 ans (vocabulaire insuffisant) ou 4 ans (difficultés de prononciation persistantes). Le bon réflexe : si vous avez le moindre doute, parlez-en à votre médecin ou directement au cabinet. Une consultation précoce est toujours préférable à une attente prolongée.
Le bilan orthophonique est une évaluation complète qui permet d'identifier précisément les difficultés de communication, de langage oral ou écrit, et d'en mesurer l'intensité. Il comprend généralement une anamnèse (recueil de l'histoire du patient), des épreuves standardisées adaptées à l'âge, et une observation clinique fine. Le bilan dure généralement entre 45 minutes et 2 heures selon la complexité du tableau. À l'issue, un compte-rendu est remis au prescripteur et à la famille, avec les recommandations de prise en charge. Une prescription médicale est nécessaire pour que le bilan soit remboursé par l'Assurance maladie.
Les actes orthophoniques réalisés sur prescription médicale sont remboursés par l'Assurance maladie à hauteur de 60 % du tarif conventionné. La mutuelle complète généralement le reste à charge. Pour bénéficier du remboursement, il faut une ordonnance d'un médecin (généraliste, pédiatre, ORL, neurologue...) qui prescrit un bilan et/ou une rééducation orthophonique. L'Orthologie, en tant qu'approche de thérapie BRÈVE, relève d'un cadre différent et n'est pas prise en charge par l'Assurance maladie. Des informations détaillées sur les tarifs sont disponibles en contactant directement le cabinet.
La dyslexie est un trouble spécifique de l'apprentissage de la lecture qui touche environ 5 à 8 % des enfants scolarisés. À la maison, plusieurs habitudes peuvent soutenir les progrès réalisés en séance : lire à voix haute ensemble chaque jour (même 10 minutes suffisent), utiliser des polices adaptées comme OpenDyslexic, éviter la surcharge en réduisant la longueur des textes, valoriser les efforts plutôt que les résultats, et maintenir un cadre calme pour les devoirs. Il est aussi utile d'informer les enseignants et de demander les aménagements scolaires auxquels votre enfant a droit. L'orthophoniste vous guidera sur les exercices spécifiques adaptés au profil de votre enfant.
Le bégaiement touche environ 1 % de la population adulte et 5 % des enfants. Pour l'entourage, l'attitude joue un rôle décisif : maintenez un contact visuel bienveillant, laissez le temps nécessaire sans terminer les phrases à la place de la personne, évitez les conseils du type « ralentis » ou « respire », et ne montrez pas d'inquiétude excessive. À la maison, favorisez les échanges dans un environnement calme, sans pression de performance. En séance, l'orthophoniste travaille sur la fluidité, la respiration, la posture et la gestion du stress lié à la parole. Une prise en charge précoce donne les meilleurs résultats, notamment chez l'enfant entre 2 et 5 ans.
Le retard de parole concerne la façon de prononcer les sons : l'enfant comprend et construit des phrases, mais sa parole reste difficile à comprendre pour les inconnus. Le retard de langage, lui, touche la structure même du langage : vocabulaire réduit, phrases courtes ou mal construites, difficultés à comprendre les consignes. Les deux peuvent coexister. Un bilan orthophonique permet de distinguer les deux situations et d'adapter la prise en charge. En cas de retard de langage chez un enfant de moins de 6 ans, une intervention rapide a un impact significatif sur la trajectoire scolaire et sociale de l'enfant.

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Ces conseils sont donnés à titre indicatif et ne remplacent pas un avis professionnel adapté à la situation de votre enfant. D'autres thèmes viendront enrichir cette page au fil du temps.

Frédérique Oberlé, Orthophoniste · Boersch

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